Retraite 6 min de lecture

Sortie du PER : capital, rente ou fractionnée, quelle fiscalité réelle ?

La fiscalité de sortie d'un PER dépend de l'origine des sommes et de la forme retenue. Le détail poste par poste, et l'erreur qui coûte le plus cher.

Victor Rochman, ingénieur patrimonial

Victor Rochman

Ingénieur patrimonial, APR Patrimoine


Le plan d’épargne retraite se vend sur son avantage d’entrée : la déduction des versements du revenu imposable. C’est la moitié de l’équation. L’autre moitié, celle qui décide si l’opération a été rentable, se joue au moment de la sortie, et elle est nettement plus complexe qu’on ne le dit.

La règle à retenir tient en une phrase : la fiscalité ne dépend pas du PER, elle dépend de l’origine de chaque euro qu’il contient. Un même plan peut donc sortir avec trois régimes différents appliqués à trois fractions du capital.

1. Le principe : décomposer avant de choisir

Tout PER se décompose en deux masses, qui ne suivent jamais le même traitement :

  • le cumul des versements effectués pendant la phase d’épargne ;
  • les produits générés par ces versements pendant la même période.

À cette première division s’en ajoute une seconde, sur les versements eux-mêmes : ont-ils été déduits du revenu imposable à l’entrée, ou non ? Le choix fait au moment de verser, parfois dix ou vingt ans plus tôt, commande la fiscalité de sortie.

Avant tout arbitrage, il faut donc obtenir de votre assureur la ventilation exacte de votre plan. Sans elle, aucun calcul n’est possible.

2. La sortie en capital, poste par poste

a) Les versements volontaires qui ont été déduits

C’est le cas le plus fréquent. Cette fraction est imposable selon les règles applicables aux pensions de retraite, avec deux restrictions importantes :

  • l’abattement de 10 % propre aux pensions ne s’applique pas ;
  • l’option pour le prélèvement libératoire de 7,5 % n’est pas ouverte.

C’est le point que les épargnants découvrent le plus tard. Sur les pensions ordinaires, l’abattement de 10 % adoucit l’imposition. Sur un capital de PER issu de versements déduits, il est expressément écarté : la totalité s’ajoute au revenu imposable de l’année.

Conséquence directe : sortir l’intégralité d’un PER en une seule fois est presque toujours la pire option. Un capital de 150 000 € versé en une année propulse le foyer dans les tranches hautes du barème, et peut faire perdre au passage le bénéfice d’autres dispositifs liés au revenu fiscal de référence.

b) Les versements volontaires non déduits

Si vous aviez renoncé à la déduction à l’entrée, cette fraction ressort exonérée d’impôt sur le revenu. La logique est symétrique : pas d’avantage à l’entrée, pas de taxation à la sortie.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, il en va de même de la fraction correspondant aux versements effectués après le 70ᵉ anniversaire du titulaire lorsqu’ils ont été exclus des avantages fiscaux à l’entrée (CGI art. 81, 4° bis c, modifié par la loi n° 2026-103 du 19 février 2026).

c) Les produits

La part du capital correspondant aux gains réalisés pendant la durée du plan est imposable comme des revenus de capitaux mobiliers, au prélèvement forfaitaire unique, sauf option pour le barème.

Attention au taux : la flat tax est passée de 30 % à 31,4 % au 1ᵉʳ janvier 2026, du fait du relèvement de la CSG sur les revenus du capital. Et la CSG sur les revenus mobiliers soumis au prélèvement forfaitaire n’est pas déductible du revenu imposable.

Récapitulatif

Fraction du capitalImpôt sur le revenuPrélèvements sociaux
Versements déduits à l’entréeBarème, sans abattement de 10 %Non dus sur cette part
Versements non déduitsExonérésNon dus sur cette part
Versements après 70 ans exclus des avantagesExonérés depuis 2026Non dus sur cette part
Produits du planPFU de 12,8 % ou barèmeOui, flat tax globale à 31,4 %

3. La sortie en rente viagère

La rente issue de versements déduits est imposée dans la catégorie des pensions, ce qui change tout par rapport au capital : l’abattement de 10 % retrouve ici son application, dans la limite du plafond commun au foyer fiscal.

La rente issue de versements non déduits relève du régime des rentes viagères à titre onéreux : seule une fraction est imposable, déterminée par un barème fonction de l’âge au premier versement. Ce mécanisme permet en pratique de ne soumettre à l’impôt que la part représentative des revenus produits pendant la phase d’épargne.

Sur les prélèvements sociaux, le régime diffère selon la source :

  • la part provenant de versements obligatoires relève de la CSG et de la CRDS sur les revenus de remplacement ;
  • la part provenant de versements volontaires déduits relève des prélèvements sociaux sur produits de placement, dont le taux global passe de 17,2 % à 18,6 % pour les rentes versées à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, la CSG déductible restant fixée à 6,8 %.

Ce que la rente achète réellement : une garantie de versement à vie, quelle que soit votre longévité, et la fin du risque de gestion. Ce qu’elle coûte : l’aliénation définitive du capital, qui ne reviendra pas à vos héritiers en l’absence de réversion ou d’annuités garanties. C’est un arbitrage de protection, pas un arbitrage de rendement.

4. La sortie fractionnée : la voie la plus souvent optimale

La loi autorise la sortie en capital libérée en une fois ou de manière fractionnée. C’est cette troisième voie qui produit, dans la majorité des dossiers que nous traitons, le meilleur résultat net.

Le raisonnement est simple. Puisque la fraction issue des versements déduits s’ajoute au revenu imposable sans abattement, l’objectif est d’étaler les retraits pour ne jamais franchir la tranche supérieure du barème.

Exemple. Un retraité dispose d’un PER de 200 000 €, dont 150 000 € de versements déduits et 50 000 € de produits. Ses autres revenus le placent en tranche à 30 %.

  • Sortie en une fois : les 150 000 € s’ajoutent en totalité. Une large part bascule en tranche à 41 %, voire 45 %. S’y ajoutent 31,4 % sur les 50 000 € de produits.
  • Sortie fractionnée sur dix ans : 15 000 € par an, absorbés dans la tranche à 30 %. L’écart d’impôt sur l’ensemble de l’opération se chiffre couramment en dizaines de milliers d’euros.

Le fractionnement suppose en revanche que le contrat le permette dans des conditions souples. C’est un point à vérifier avant de souscrire, pas au moment de sortir.

5. Les trois erreurs qui reviennent

Sortir tout le capital l’année du départ en retraite. C’est l’année où les revenus d’activité et la pension se cumulent parfois, donc la pire année possible pour ajouter un capital.

Oublier l’effet sur le revenu fiscal de référence. Un retrait important fait franchir des seuils qui déclenchent d’autres conséquences : contribution sur les hauts revenus, perte d’exonérations locales, taux de CSG sur les pensions. Voir notre article sur comment baisser son revenu fiscal de référence.

Raisonner sans connaître sa tranche future. L’intérêt de la déduction à l’entrée repose entièrement sur l’écart entre la tranche marginale du moment du versement et celle du moment de la sortie. Déduire à 41 % pour ressortir à 30 % est gagnant. Déduire à 11 % pour ressortir à 11 % ne rapporte rien et immobilise l’épargne jusqu’à la retraite.


Le bon moment pour décider, c’est avant

La forme de sortie se prépare des années à l’avance : elle dépend du contrat choisi, de la ventilation entre versements déduits et non déduits, et de la trajectoire de vos revenus à la retraite. Un PER souscrit sans réfléchir à sa sortie est un produit à moitié utilisé.

Voir aussi notre guide du PER et de la déduction fiscale et, pour les dirigeants, le plafond de déduction du PER.

APR Patrimoine chiffre votre sortie de PER sur plusieurs scénarios et cale le calendrier de retraits sur votre trajectoire de revenus.

Optimisez la sortie, pas seulement l'entrée.

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