SASU : faut-il se verser un salaire ou des dividendes en 2026 ?
En SASU, les dividendes échappent aux cotisations sociales : l'écart de net atteint 15 000 € sur 100 000 €. Le calcul, et ce que cet écart coûte réellement.
Ingénieur patrimonial, APR Patrimoine
La SASU est la forme où l’arbitrage entre salaire et dividendes produit les écarts les plus spectaculaires. C’est aussi celle où l’erreur coûte le plus cher, parce que rien ne vient corriger le choix : contrairement à la SARL, aucune règle ne réintègre les dividendes dans l’assiette sociale.
Le président de SASU peut donc, en théorie, se verser zéro salaire et tout distribuer. Beaucoup le font. Voici ce que cela donne, chiffres à l’appui.
Le calcul, sur 100 000 € disponibles
Prenons une SASU dont le résultat avant rémunération du président s’élève à 100 000 €. Le dirigeant est célibataire, sa tranche marginale d’imposition est de 30 %.
Voie 1 : tout en salaire
| Enveloppe disponible (coût total employeur) | 100 000 € |
| Cotisations patronales et salariales | − 46 000 € |
| Net avant impôt | 54 000 € |
| Impôt sur le revenu à 30 % (après abattement de 10 %) | − 14 580 € |
| Net perçu | 39 420 € |
Voie 2 : tout en dividendes
| Résultat avant impôt sur les sociétés | 100 000 € |
| IS à 15 % sur les 42 500 premiers euros | − 6 375 € |
| IS à 25 % sur le solde | − 14 375 € |
| Résultat distribuable | 79 250 € |
| Flat tax à 31,4 % | − 24 885 € |
| Net perçu | 54 365 € |
L’écart est de 14 945 €, soit près de 38 % de net supplémentaire. Sur dix ans, cela représente environ 150 000 €.
Face à un tel chiffre, la conclusion paraît évidente. Elle ne l’est pas.
Ce que ces 14 945 € achètent, et ce qu’ils coûtent
Un président de SASU qui ne se verse aucune rémunération n’est pas affilié au régime général. Il n’est pas simplement moins bien couvert : il ne l’est pas du tout.
Aucun trimestre de retraite validé. Une année sans rémunération est une année blanche. Elle ne se rattrape pas, et elle pèsera sur votre pension pendant toute votre retraite.
Aucune indemnité journalière. Un arrêt de travail, même de quelques semaines, ne donne lieu à aucun versement. Pour un dirigeant dont l’activité repose largement sur sa propre présence, c’est un risque qui n’est pas seulement personnel : il est aussi économique pour la société.
Aucune couverture prévoyance. En cas d’invalidité ou de décès, votre famille ne perçoit rien au titre d’un régime obligatoire.
Aucun plafond de déduction pour votre PER. Les dividendes ne sont pas des revenus professionnels : ils ne construisent aucune enveloppe. Vous retombez sur le plancher de 4 710 € pour les versements effectués en 2026, contre 37 680 € au maximum. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article sur le plafond de déduction du PER du dirigeant.
Mis bout à bout, un arrêt de travail de quelques mois, ou une seule année blanche pour la retraite, suffit à effacer l’écart annuel.
L’erreur symétrique : le tout-salaire
L’excès inverse existe, et il est plus fréquent qu’on ne le croit chez les dirigeants prudents. Se verser l’intégralité du résultat en salaire, c’est payer des cotisations sur des euros dont vous n’avez pas l’usage immédiat, pour acquérir des droits dont le rendement marginal décroît rapidement.
Au-delà d’un certain niveau de rémunération, chaque euro supplémentaire de salaire coûte cher en cotisations sans améliorer significativement vos droits. C’est ce point précis que nous appelons le seuil de bascule, et il ne se situe pas au même endroit selon votre âge, votre situation familiale et votre horizon de cession.
La troisième voie, celle que personne ne calcule
L’arbitrage n’oppose pas deux options mais trois. La troisième consiste à ne rien sortir du tout.
Lorsque votre besoin de revenus personnels est couvert, la trésorerie excédentaire n’a aucune raison d’être distribuée : la sortir coûte 31,4 % avant même d’avoir été réinvestie. Faire remonter les résultats vers une holding sous le régime mère-fille permet de réinvestir presque intégralement : en immobilier, en titres, en croissance externe.
Sur un dirigeant qui distribue chaque année une trésorerie qu’il replace ensuite sur un compte personnel, c’est souvent le levier le plus rentable de tous, et le plus rarement identifié.
Notre lecture
Le bon niveau de salaire en SASU est celui qui sécurise vos droits essentiels et ouvre vos capacités de déduction. Le solde se distribue, ou reste dans la société lorsqu’il n’a pas vocation à être consommé.
Ce point d’équilibre est un calcul, pas une opinion. Vous pouvez le poser vous-même avec notre simulateur de rémunération du dirigeant, ou le faire établir dans le cadre d’une mission d’optimisation de la rémunération.
Hypothèses : taux réduit d’impôt sur les sociétés de 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice imposable, réservé aux PME dont le chiffre d’affaires n’excède pas 10 M€, au capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques, puis 25 % au-delà (CGI art. 219, I-b). Prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Le poids des cotisations d’un président assimilé salarié est retenu à 46 % du coût total employeur : ce ratio varie selon le niveau de rémunération et les garanties souscrites. Information générale ne constituant pas un conseil personnalisé.