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Salaire ou dividendes : le point de bascule dépend de votre statut, et il surprend

À poche égale, les dividendes gagnent toujours en SASU et quasiment jamais en SARL. Il faut 1,31 M€ de capital pour qu'un gérant majoritaire y trouve un intérêt.

Victor Rochman, ingénieur patrimonial

Victor Rochman

Ingénieur patrimonial, APR Patrimoine · Mis à jour le


La question revient à chaque rendez-vous avec un dirigeant, et presque toutes les réponses publiées se trompent, pour deux raisons cumulatives.

La première est une erreur de symétrie : on compare un salaire avant impôt sur le revenu à un dividende après impôt. Le dividende soumis au prélèvement forfaitaire a déjà payé son impôt, puisque les 31,4 % comprennent 12,8 % d’impôt sur le revenu. Le salaire, lui, le doit encore.

La seconde est un oubli pur et simple : en SARL, les dividendes supportent des cotisations sociales au-delà d’un seuil, et presque aucun comparatif ne l’intègre.

Nous avons donc refait le calcul à poche égale, cotisations sur dividendes comprises. Le résultat n’est pas celui qu’on lit habituellement.

Le verdict, en une ligne par statut

En SAS ou SASU, les dividendes coûtent moins cher dès le premier euro.

En SARL ou EURL, le salaire coûte moins cher à tous les niveaux de revenu, sauf si votre capital social dépasse 1,31 million d’euros.

1. En SASU, l’écart se creuse vite

Avec environ 80 % de charges sur le net, le statut d’assimilé salarié est si coûteux que le dividende l’emporte partout. Et les dividendes de SAS ne supportent aucune cotisation sociale, quel que soit le capital.

Dans votre pocheCoût du salaireCoût des dividendesÉcart
20 000 €37 406 €34 299 €− 3 107 €
50 000 €106 284 €91 515 €− 14 769 €
100 000 €239 051 €188 697 €− 50 354 €
150 000 €393 208 €285 879 €− 107 329 €

À 100 000 € en poche, le salaire mobilise 239 051 € de résultat contre 188 697 € en dividendes. Plus de 50 000 € par an d’écart, sur une seule décision de forme.

2. En SARL, la franchise de 10 % renverse tout

L’article L. 131-6 III du code de la sécurité sociale soumet aux cotisations des travailleurs non salariés la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes en compte courant d’associé.

Pour une SARL au capital de 1 000 €, qui est le cas le plus répandu, cette franchise vaut 100 €. Autrement dit, la quasi-totalité du dividende supporte des cotisations à environ 45 %, en plus de l’impôt.

Dans votre pocheCoût du salaireCoût des dividendesSurcoût du dividende
30 000 €46 226 €77 679 €+ 31 453 €
50 000 €85 618 €133 281 €+ 47 663 €
100 000 €192 569 €272 285 €+ 79 717 €
200 000 €448 569 €550 295 €+ 101 726 €

Le dividende n’est pas un peu moins intéressant, il est une fois et demie plus coûteux. Et l’écart grandit avec le revenu.

3. Le capital qu’il faudrait pour que le dividende gagne

Puisque la franchise vaut 10 % du capital, il existe un niveau de capitalisation à partir duquel elle couvre toute la distribution et le dividende redevient compétitif. Nous l’avons calculé.

Situation du foyerCapital et comptes courants nécessaires
Seul, sans enfant1 310 000 €
Couple, sans enfant2 500 000 €
Couple, 3 enfants3 020 000 €

Et même au-delà, la fenêtre reste étroite. À 1,5 million d’euros de capital, les dividendes ne gagnent qu’entre 90 000 € et 116 000 € de revenu annuel en poche. En dessous, le salaire reste moins cher. Au-dessus, la distribution dépasse à nouveau la franchise et les cotisations reprennent le dessus.

Le seuil de capital monte avec le quotient familial, pour une raison logique : plus votre foyer est large, moins le salaire supporte d’impôt, et plus il faut de franchise au dividende pour rivaliser.

En pratique, pour l’immense majorité des SARL, la question du dividende ne se pose pas sur le terrain du coût.

Ce que ce calcul ne dit pas, et c’est essentiel

Les chiffres ci-dessus comparent un coût. Ils ne comparent pas deux stratégies.

Le dividende de SAS ne crée aucun droit. Pas de trimestre de retraite, pas d’indemnités journalières, pas de prévoyance. Un président de SASU qui ne se verse aucun salaire n’a strictement aucune protection sociale, et il le découvre au premier arrêt de travail. C’est la contrepartie des 50 000 € d’économie annuelle du tableau ci-dessus.

En SARL, la part de dividende soumise à cotisations ouvre en revanche des droits, puisqu’elle entre dans l’assiette des travailleurs non salariés. Son surcoût n’est donc pas une pure perte.

Le salaire achète des droits en même temps qu’il coûte. Une partie des 80 % ou des 45 % n’est pas une taxe mais une cotisation. La traiter comme un pur coût fausse l’arbitrage autant que l’oubli de l’impôt sur le revenu.

Le dividende dépend du résultat. Il suppose un bénéfice, une assemblée, et ne se verse pas tous les mois.

C’est pourquoi nous recommandons presque toujours une approche mixte : un salaire calibré pour couvrir le train de vie et valider les quatre trimestres de retraite, puis l’excédent arbitré entre dividendes, versements sur un plan d’épargne retraite et capitalisation en holding.

Notre méthode

Les calculs reposent sur notre simulateur de rémunération du dirigeant, que nous venons de corriger sur ces deux points.

Hypothèses : charges sociales de 80 % du net en assimilé salarié et 45 % en travailleur non salarié, impôt sur les sociétés à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 %, prélèvement forfaitaire unique à 31,4 %, barème de l’impôt sur le revenu 2026, abattement de 10 % plafonné à 14 171 €, plafonnement du quotient familial à 1 807 € par demi-part, et franchise de 10 % du capital pour les cotisations sur dividendes en SARL.

Le simulateur suppose que la rémunération du dirigeant constitue le seul revenu du foyer, et traite la part de dividende excédant la franchise comme supportant 45 % de cotisations puis l’impôt sur le solde. Un conjoint qui perçoit un salaire déplace les seuils, en général vers le haut.

Foire aux questions

Pourquoi la plupart des comparatifs donnent-ils un résultat différent ? Pour deux raisons. Ils comparent un salaire avant impôt sur le revenu à un dividende qui a déjà payé le sien via le prélèvement forfaitaire. Et ils ignorent les cotisations sociales sur les dividendes de SARL, qui changent entièrement la conclusion pour un gérant majoritaire.

Mon capital est de 1 000 €, je n’ai donc aucun intérêt aux dividendes ? Sur le seul critère du coût, non, et l’écart est considérable. Mais augmenter le capital ou laisser des sommes en compte courant élargit la franchise. C’est un levier réel, qui se calcule, et qui a d’autres conséquences qu’il faut peser.

Les dividendes de SAS sont-ils aussi soumis à cotisations ? Non. La franchise de 10 % de l’article L. 131-6 III ne vise que les gérants majoritaires de SARL et assimilés. Un président de SAS perçoit ses dividendes sans cotisations sociales, quel que soit le capital.

Le seuil change-t-il si mon conjoint travaille ? Oui. Le barème s’applique au revenu global du foyer. Un conjoint qui apporte ses propres revenus consomme les tranches basses, l’impôt marginal sur votre salaire augmente, et le dividende devient relativement plus attractif.

Faut-il se verser zéro salaire en SASU ? Non. Le calcul ne porte que sur le coût. Sans salaire, vous n’avez ni retraite, ni indemnités journalières, ni prévoyance. La question n’est pas de choisir l’un ou l’autre, mais de fixer le bon niveau de salaire avant d’arbitrer l’excédent.

Ces chiffres valent-ils pour 2027 ? Le projet de loi de finances pour 2027 revaloriserait le barème de 2,1 %, ce qui déplacerait légèrement les seuils. Il ne modifie ni le prélèvement forfaitaire, ni l’impôt sur les sociétés, ni la franchise de 10 %. Voir notre synthèse des mesures du PLF 2027.